C’est à Luluabourg qu’a débuté le tout premier congrès politique du pays. Cette rencontre inédite offre aux différentes formations et mouvements africains l’opportunité de mettre en commun leurs analyses et de mieux définir leurs priorités d’action. L’exercice s’avère d’autant plus nécessaire que la capitale congolaise abrite à elle seule plus d’une dizaine de partis, dont les programmes présentent souvent de fortes similitudes.
Un absent de taille marque toutefois les esprits : l’Abako. Ce parti, qui rassemblait les Bakongo à la veille des troubles récents, a été dissous, une décision que plusieurs observateurs considèrent comme une erreur lourde de sens. Les Bakongo, perçus comme les acteurs politiques les plus dynamiques du territoire, ne sont donc pas présents. Cette absence pourrait les pousser à renforcer les velléités séparatistes qu’ils avaient exprimées quelques mois plus tôt. Les autorités belges et le ministre responsable du Congo affichent pourtant une opposition résolue à toute forme de séparatisme régional. Le ministre avait d’ailleurs insisté, il y a peu, sur les dangers d’un tel chemin : isoler une région l’empêcherait de prospérer, et un premier pas dans cette direction risquerait d’en entraîner d’autres, aboutissant finalement à une fragmentation du pays en une mosaïque de petits États. Il soulignait au contraire que le Congo disposait, grâce à ses ressources humaines et naturelles ainsi qu’à la complémentarité de ses différentes zones économiques, de tous les atouts nécessaires pour devenir l’un des grands pays du continent africain. Toute atteinte à l’unité nationale serait, selon lui, un manquement grave envers les treize millions d’habitants.
Dans ces conditions, une interrogation émerge naturellement : le congrès de Luluabourg, malgré son ambition de rassembler les forces politiques, ne risque-t-il pas, sans le vouloir, de fragiliser l’unité congolaise ?